Le silence. Rien que le silence sur cette plage d'Eilat où le soleil se lève lentement. Ce silence brille dans mes oreilles, il me libère et m'oppresse à la fois comme un bourdonnement assourdissant. Ce que j'ai vécu cette nuit, jamais je n'en retrouverai la saveur. Je suis vieux d'au moins quarante ans dans ce corps de post-adolescent. En une nuit, mon coeur a prit vingt ans.
Les gens dansent dans l'obscurité. Le sang bouillonne et les corps se libèrent. Elle danse seule. Ses pieds glissent gracieusement sur le sol crasseux, ses jambes, ondulant uniformément, provoquent dans l'air des vibrations qui me heurtent de plein fouet. Mes yeux gravissent lentement son corps, ils montent toujours plus haut. Mon corps s'emballe, mais mon c½ur est déjà loin. Son visage est doux et dur à la fois. Il est sculpté dans l'ambre. À l'ombre du soleil, mes pensées sont dénudées de tout. Les mots me manquent. Elle lève les yeux, ils sont verts. Elle me regarde et je me retrouve à l'autre bout de la pièce. Elle me sourit clouant mon pauvre c½ur au mur sur lequel le sang se met à couler abondamment. En lui souriant en retour, j'arrache mon c½ur et le replonge dans mon corps. Nous buvons l'amour, jeune et chaste, en se regardant dans les yeux. J'y vois tout, je la lie comme un livre ouvert. Je me consume, la passion me dévore. Je m'ouvre à elle et dans un élan passionnel, je m'introduis au plus profond de son être. Sa vie est belle, pleine de méandres et de bonheurs consécutifs. Elle m'arrache son livre intime, mais j'ai tout lu. Je lui reprends le mien, je me lève et je tourne le dos à mon passé.
Face à la Mer Rouge, des larmes sillonnent mes joues. La tristesse me dévore. Vingt ans d'amour, c'est dur quand ça s'arrête. Pourtant, il me faut tourner la page car cette histoire se termine ici.